La Résurrection n’est pas celle de l’âme seulement, mais aussi du corps charnel

Publié le 31 Mai 2014

La Résurrection n’est pas celle de l’âme seulement, mais aussi du corps charnel

Le traité Sur la résurrection des morts d'Athénagoras d’Athènes, est la première exposition de cette doctrine dans la littérature chrétienne.

Athénagoras apporte à la défense de sa doctrine ce que la philosophie contemporaine pouvait comporter de meilleur. Après avoir réfuté les fréquentes objections de son époque, il démontre la possibilité de la résurrection d'abord par la puissance du Créateur, puis par la nature du corps humain. Exercer de tels pouvoirs n'est ni un déni de Dieu ni injuste envers les autres créatures. Il montre que la nature et la cause finale de l'homme demande la perpétuation de la vie de l'âme et du corps. Le traité a sans doute été dirigé contre les croyances gnostiques et néoplatoniciennes, en une résurrection purement spirituelle, ou réduite à la survie de l'âme détachée de son corps périssable.

Sur la résurrection des morts

« Peut-on dire que Dieu ignore la nature des corps qu'il doit rappeler à la vie ; des parties les plus grandes comme des plus petites ; qu'il perd dé vue une seule parcelle de ces corps tombés en dissolution, un seul des éléments auxquels s'est unie chaque parcelle après la dissolution du corps, quelque imperceptibles que soient à nos yeux ces atomes qui ont été se réunir aux parties du monde avec lesquelles ils avaient quelque affinité? N'est-il pas vrai que, même avant l'organisation des êtres divers, Dieu connaissait les principes qui devaient entrer dans leur composition, les parties de ces éléments qui lui semblaient les plus propres à être mises en œuvre? Il n'est pas moins certain que Dieu, après la décomposition de nos corps et la dispersion de leurs éléments dans toutes les parties du monde, sait où est allée chacune des parcelles qu'il avait employées à la création et à la formation complète de chacun de nous ; d'autant plus que, selon notre manière de parler et d'apprécier les choses, le plus difficile est de connaître d'avance ce qui n'est pas encore ; mais si vous parlez de Dieu, il est de sa grandeur comme de sa sagesse de connaître aussi facilement ce qui n'est pas encore que de savoir ce qu'est devenu ce qui avait été : les lumières ne manquent pas à Dieu, ce n'est pas non plus la puissance.

(...)

Il peut recomposer nos corps, et la preuve c'est qu'il a pu les créer. Quand il s'est agi de donner à nos corps leur constitution première ou d'en créer les parties élémentaires, il a trouvé le néant docile à sa voix ; lui Sera-t-il plus difficile de se faire obéir, quand il commandera à ces corps de se ranimer après leur dissolution, de quelque manière qu'elle ait eu lieu ?

S'il a pu l'un, il peut également l'autre, et qu'on dise si l'on veut que c'est la fécondité de la matière, ou la combinaison des éléments, ou la disposition des germes humains, qui donne naissance à nos corps, quelque soit le système qu'on embrasse, mon argument conserve toute sa force ; il sera toujours vrai de dire que celui qui a pu donner, une figure à une matière grossière, comme tous le reconnaissent, embellir et varier à l'infini cette matière, dépourvue de grâce et de beauté; que celui qui a pu former un tout harmonieux de tant de parties diverses, faire naître une infinité de corps organisés d'un germe simple et indivisible ; que celui qui a pu arranger et façonner si merveilleusement une matière brute et informe, et animer ce qui était sans vie, il sera toujours vrai de dire qu'il peut aussi rassembler ce qui est décomposé, relever ce qui est tombé en poussière, ressusciter ce qui n'est plus, et rendre incorruptible ce qui avait été soumis à la corruption.

Oui, ce Dieu créateur, ce Dieu d'une puissance et d'une sagesse infinie saura bien encore, s'il le faut, démêler et séparer du corps des animaux carnassiers et voraces les lambeaux de chair du malheureux qu'ils auront dévoré il saura bien rendre à chaque membre et à chaque partie des membres du corps humain les débris qui lui appartiennent, eussent-ils passé dans une ou plusieurs bêtes féroces, de celles-ci fussent-ils entrés dans d'autres encore, eussent-ils été décomposés avec elles, et avec elles rendus, par l'effet naturel de la décomposition, aux premiers éléments ? Et c'est là néanmoins ce qui embarrassait certaines personnes connues d'ailleurs par leur esprit et leur sagacité ; ces objections vulgaires leur ont paru, je ne sais pourquoi, très-graves, et même impossibles à résoudre.

Le motif tiré de l'intention de Dieu suffirait pour nous conduire, par un enchaînement de conséquences toutes naturelles , à l'importante vérité que nous cherchons, c'est-à-dire la résurrection des corps après leur dissolution; mais il importe de ne passer sous silence aucune des raisons que nous avons mises en avant, et nous ne pouvons surtout nous dispenser de les apporter en faveur de ceux qui ne peuvent voir d'un coup d'œil toutes les conséquences d'un principe. Si on ne les a pas conduits comme par la main, ils ne voient pas combien la raison tirée de la nature de l'homme est rigoureuse pour établir la résurrection.

En effet, si la nature de l'homme se compose d'une âme immortelle et d'un corps qui lui fut uni lors de la création ; si l'être et la vie n'ont été départis séparément, ni à la nature de l'âme, ni à celle du corps, mais bien à l'homme, qui réunit ces deux natures, et qui doit avec elles, non-seulement fournir sa carrière ici-bas, mais encore arriver à la fin qui lui est destinée, ne faut-il pas que l'âme et le corps ne forment qu'un seul être où se réunit tout ce qu'éprouve l'âme et le corps, qui raisonne, reçoit des sensations ? Tout l'ensemble et l'enchaînement de ces actes se rapporte à une fin unique : ne faut-il pas que l'harmonie règne dans tout ce qui concerne l'homme, et qu'il en soit de sa fin et de sa destinée Comme il en est de sa naissance et de sa vie, de ses actes et de ses affections ? S'il y a unité et harmonie dans tout l'être de l'homme ; s'il y a accord parfait dans toutes les opérations de l'âme et du corps, il faut donc que que tout en lui soit destiné à une même chose. Or, il y aura unité dans cette fin, si l'être qui en est l'objet reste le même dans sa constitution; mais comment l'homme aura-t-il sa constitution véritable, à moins que toutes les parties qui la composent ne se trouvent réunies ? Et comment pourront-elles se réunir, si après leur dissolution elles ne viennent pas se ranger de nouveau et dans le même ordre qu'auparavant ?

Cette reconstitution des hommes suppose donc nécessairement la résurrection des corps après leur mort et leur dissolution. Car sans elle les mêmes parties ne se réuniraient point selon leur nature, et le même individu ne serait pas reconstruit ; la faculté de penser et de raisonner a été donnée à l'homme pour parvenir non-seulement à une connaissance distincte des créatures qui sont le plus a sa portée, mais encore à la connaissance de son Dieu, de son bienfaiteur, de sa bonté, de sa sagesse et de sa justice. Tant que la raison pour laquelle Dieu a donné à l'homme cette faculté subsistera, cette faculté doit subsister aussi, et comment subsistera-t-elle sans la nature qui l'a reçue et en qui elle réside ?

Or, c'est en l'homme et non point en l'âme seulement que résident le jugement et la raison. Il faudra donc que l'homme, ce composé d'âme et de corps, subsiste toujours, et il ne peut subsister toujours s'il ne ressuscite ; autrement ce n'est plus, à proprement parler, la nature de l'homme, mais une partie de lui-même qui continue d'exister. Si la nature de l'homme n'est pas conservée intacte, pourquoi l'âme aurait-elle été associée aux douleurs et aux misères du corps? C'est en vain que, retenu par elle dans la poursuite de ses désirs, le corps est resté docile et soumis au frein de l'âme : cette union de l'âme et du corps une fois rompue, tout serait inutile, l'intelligence, la prudence dans la conduite, la pratique de la justice, l'exemple des vertus, la sagesse des lois ; en un mot, tout ce qu'il y a d'admirable dans l'homme, tout ce qui se fait de bien pour lui, ou plutôt c'est la création, c'est la nature même de l'homme qui est inutile. S'il est vrai que dans toutes les œuvres de Dieu, et dans tous les dons de sa munificence, rien ne s'est fait en vain, il faut déboute nécessité que le corps, selon la nature qui lui est propre, soit immortel comme l'âme elle-même.

[…]

Que reste-t-il donc ? Tout le monde le voit, et l'apôtre nous l'apprend ; il faut que cet être corruptible et périssable soit revêtu d'incorruptibilité, afin que par la résurrection nos membres épars ou dissouts venant à se réunir, et un souffle de vie ranimant nos cadavres, chacun de nous soit récompensé ou puni selon le bien ou le mal qu'il aura fait par le moyen du corps.

La fin de l'homme n'est pas non plus le bonheur de l'âme séparée du corps. En effet, nous n'examinons point ici la vie ou la fin de l'une ou de l'autre des deux natures dont l'homme se compose, mais bien celle de son être tout entier formé de ces deux natures. Tout homme qui a reçu la vie doit avoir une fin propre à cette vie. Si cette fin est celle de ses deux natures ; s'il est vrai qu'il ne peut l'obtenir tant qu'il est sur la terre, pour les raisons déjà rapportées ; ni la trouver dans l'âme séparée du corps, parce que l'homme n'existe plus quand le corps est dissout et détruit, bien que son âme subsiste toujours par elle-même, il faut nécessairement que cette fin se trouve dans un autre état, où ces deux natures se trouveront réunies pour reproduire le même être.

Concluons que les corps, qui ont payé le tribut à la nature et qui sont détruits, doivent ressusciter et que les mêmes hommes doivent reparaître ; je dis les mêmes hommes qui ont vécu, car ce n'est pas à l'homme en général que Dieu a fixé une fin particulière , mais c'est à ces mêmes hommes que la terre a portés.

Or, pour faire les mêmes hommes, il faut que les mêmes âmes rentrent dans les mêmes corps ; et ce retour des mêmes âmes dans les mêmes corps ne peut se faire que par la résurrection ; c'est seulement dans ce retour que je vois une fin convenable à l'homme. Sa fin consiste dans la jouissance parfaite et constante de ce qui convient à une nature douée de raison et de sagesse ; elle consiste à goûter sans interruption le bonheur dont nous avons déjà un léger écoulement dès cette vie ; à contempler celui qui est, et à le glorifier sans fin. Je sais que la plupart des hommes, pour n'avoir eu que des affections terrestres et s'être livrés sans frein à leurs passions, se trouveront au moment de la mort bien éloignés de cette fin dernière ; mais le grand nombre de ceux qui ne répondent pas à leur destinée ne détruit pas cette fin commune. Il se fera une recherche, un examen sévère de la vie de chacun de nous, et selon qu'elle sera trouvée bonne ou mauvaise, chacun de nous recevra sa récompense ou son châtiment. »

Athénagoras d’Athènes (IIe siècle), De la Résurrection des morts.

« Dieu peut recomposer nos corps, et la preuve c'est qu'il a pu les créer (…) La fin de l'homme n'est pas le bonheur de l'âme séparée du corps… Concluons que les corps, qui ont payé le tribut à la nature et qui sont détruits, doivent ressusciter et que les mêmes hommes doivent reparaître… Or, pour faire les mêmes hommes, il faut que les mêmes âmes rentrent dans les mêmes corps ; et ce retour des mêmes âmes dans les mêmes corps ne peut se faire que par la résurrection. »

La Résurrection n’est pas celle de l’âme seulement, mais aussi du corps charnel

Rédigé par Restauration Universelle

Publié dans #résurrection chair corps, #âme

Repost 0
Commenter cet article