La résurrection de la chair est un article essentiel de la foi

Publié le 5 Avril 2013

La résurrection de la chair est un article essentiel de la foi

« Le monde est la création de Dieu. Il est évident alors que ‘‘Dieu est capable de refaire ce qu’il a fait, car faire est plus difficile que refaire, donner un commencement que le redonner. Tu peux donc croire que la restauration de la chair est plus facile que son institution.’’ Il y a sous-jacent à ce développement l’identité du Dieu créateur et du Dieu sauveur. C’est le même Dieu qui a modelé Adam à l’origine et qui peut le remodeler (1).

Très habillement, comme l’a remarqué Siniscalco, Tertullien rattache à cet argument les exemples traditionnels empruntés à la nature : '‘Considère les exemples de la puissance divine. Le jour meurt avec la nuit et est enseveli de toutes parts dans les ténèbres. La beauté du monde prend le deuil, toute réalité s’obscurcit, tout s’éteint, se tait, s’endort (sordent, silent, stupent cuncta). Et pourtant à nouveau la même lumière dans son intégrité et sa totalité, avec sa beauté, sa parure, son soleil revit dans tout l’univers, détruisant la nuit, sa mort, et fissurant les ténèbres, son sépulcre. Tout cet ordre cyclique des choses rend témoignage à la résurrection des morts.’’ (2)

Un second argument est la dignité de la chair.

Et ici les Pères touchent à un point essentiel, à la faiblesse de leurs adversaires. Car tous, platoniciens, gnostiques, origénistes ont ceci de commun qu’il y a chez eux un mépris de la chair. Or Dieu est moins méprisant qu’eux. Car cette chair il l’a créée. Et, en la méprisant, c’est sa Création qu’on méprise.

Comment, après l’avoir créée, la jetterait-il au rebus ? Tertullien a raison de le dire, dans une de ces formules extraordinaires qui sont siennes : Caro salutis est cardo, ‘‘La chair est la charnière du Salut’ (3). Et ceci est vrai. Dieu prouve la bonté de la chair. Car comment ne serait-elle pas bonne, si elle est son œuvre ? Mais la chair prouve aussi la bonté de Dieu. Car si l’existence humaine n’était que le caro foenum, une chair qui ne serait destinée qu’à être jetée dans le néant, comment le monde serait-il l’œuvre d’un Dieu bon ?

Mais cette chair, Dieu l’a met en réserve dans les celliers pour l’utiliser à nouveau à la résurrection. C’est pourquoi la résurrection de la chair manifeste un Dieu bon, alors que le mépris de la chair conduit nécessairement à un Dieu déraisonnable, qui ne peut qu’être rejeté. (…)

Porphyre enseignait que l’âme en remontant vers son principe se dépouillait ainsi de tuniques successives. Origène admettait que le corps animal était symbolisé par les ‘‘tuniques de peau’’ qui avaient été ajoutées à l’homme par suite du péché et dont il devait se dépouiller pour revêtir un corps plus adapté à sa nature. Déjà les gnostiques avaient interprétés en ce sens les ‘’tuniques de peau’’. Mais alors ce n’était plus la chair créée par Dieu qui était sauvée. Certes cette chair devait être transfigurée à la résurrection. Mais il était essentiel à la foi que ce fût la même chair, de même que le corps du ressuscité du Christ était le corps qui avait été déposé dans le tombeau et non un autre qu’il aurait revêtu à la place.

Ainsi la tradition chrétienne…. affirme la réalité de la résurrection des corps comme un article essentiel de la foi.»

Jean Daniélou, La Résurrection, Seuil, 1969, pp. 110-112 ; 115.

Notes.

1. Cyrille de Jérusalem, Cat., 18, 13.

2. Tertullien, De Resurectione, XIV.

3. Ibidem, VIII.

"Certes cette chair devait être transfigurée à la résurrection. Mais il était essentiel à la foi que ce fût la même chair, de même que le corps du ressuscité du Christ était le corps qui avait été déposé dans le tombeau et non un autre qu’il aurait revêtu à la place."

Rédigé par Restauration Universelle

Publié dans #résurrection chair corps

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Père Eukov 06/04/2013 12:48

La Création n'est pas une mesure pour rien, mais la première affirmation dans le temps de la tendresse divine. La Tradition y voit pour cette raison une typologie de l'économie du salut.

Il s'agit d'une figure au sens biblique du terme. Dieu étant un, en s'exprimant dans son œuvre, il y exprime son dessein, sur toute l'histoire, que rien ne peut ébranler. Il s'y exprime donc lui-même tout entier. L'homme peut changer, Dieu ne revient pas sur son dessein. Le péché peut bouleverser l'univers, le plan de Dieu demeure inébranlable, fidèle à la fin qu'il s'est tracée.

La création est donc une prophétie et la première de toutes les prophéties vétérotestamentaires.

Restauration Universelle 06/04/2013 13:45

Merci infiniment Père pour votre commentaire.

Je retiens volontiers votre phrase admirable et si juste théologiquement : "La création est une prophétie et la première de toutes les prophéties vétérotestamentaires".