Les falsificateurs de la vérité regardent la matière comme passive et dépourvue de qualités

Publié le 13 Avril 2013

Les falsificateurs de la vérité regardent la matière comme passive et dépourvue de qualités

« La terre, dit Moïse, était invisible et informe. Pourquoi le ciel et la terre ayant été créés également l’un et l'autre, le ciel était-il dans sa perfection, tandis que la terre était brute et imparfaite ?

Que veut dire l’écrivain sacré quand il dit qu'elle était informe ? et pour quelle raison était-elle invisible ?

La forme et la perfection de la terre est sa fécondité, la génération des plantes diverses, la naissance des plus hauts arbres, de ceux qui portent des fruits comme de ceux qui n'en portent pas, la beauté et l'odeur suave des fleurs, enfin toutes ces productions différente, qui vont bientôt, par l'ordre de Dieu, sortir du sein de la terre pour orner sa surface.

Comme rien de tout cela n'existait encore, Moïse l'a appelée avec raison informe. Nous pourrions dire, du ciel lui-même qu'il n'était pas achevé, qu'il n’avait pas la décoration qui lui est propre, puisqu'il ne brillait pas encore par le soleil et par la lune, et qu’il n’était pas couronné par les chœurs des astres. Ces corps lumineux n'avaient pas encore été créés, et l’on pourvoit dire avec vérité que le ciel lui-même était informe.

La terre est appelée invisible pour deux raisons, ou parce que l'homme n’existait pas encore pour la contempler, ou parce qu'étant inondée par les eaux iront toute sa surface était couverte, elle ne pouvait être aperçue. Car Dieu n'avait pas encore rassemblé les eaux dans les demeures qui leur étaient destinées, comme il fit ensuite en leur donnant le nom de mer. On appelle invisible, ou ce qui ne peut être aperçu des yeux de la chair, comme notre âme ; ou ce qui étant visible de sa nature, est caché par l'interjection d'un corps qui le couvre, comme le fer au fond de l'eau. C'est dans ce dernier sens, à notre avis, que la terre a été nommée invisible, parce quelle était cachée sous les eaux. D'ailleurs, comme la lumière n’était pas encore créée, il n'est pas étonnant que la terre étant plongée dans les ténèbres, parce que l’air qui l'enveloppait n’était pas éclairé, ait encore pour cette raison été appelée invisible par l'Ecriture.

Mais les falsificateurs de la vérité, qui, au lieu d'accoutumer leur esprit à suivre le sens des Ecritures, veulent forcer les Ecritures et les amener à leur propre sentiment, disent que par ces expressions il faut entendue la matière.

La matière, suivant eux, est par elle-même invisible et informe, dépourvue de qualités et de figures ; mais le souverain Ouvrier l'a employée, il l'a conformée et mise en ordre par sa grande sagesse, et en a fait tout ce que nous voyons. Je vais réfuter ces apôtres de l’erreur.

Si la matière est incréée (1), d'abord elle mérite le même honneur que Dieu, puisque son ancienneté est la même. Or qu’y aurait-il de plus impie que de faire jouir un être sans qualité, sans forme, sans figure, le dernier terme de la laideur et de la difformité (car je me sers de leurs propres expressions), de faire jouir un pareil être des mêmes prérogatives que l'Etre le plus sage, le plus puissant, le plus beau, que l'Artisan suprême, le Créateur de l'univers ?

Ensuite, si telle est la matière qu'elle épuise la science de Dieu, qu'elle soit capable de mesurer toute l'étendue de son intelligence, ils opposent en quelque sorte une substance informe à une puissance incompréhensible. Si la matière est incapable de répondre à toute la vertu de Dieu, ils tomberont alors dans un blasphème encore plus absurde, s'ils supposent que le défaut de la matière empêche Dieu d'achever et de perfectionner ses propres ouvrages.

La faiblesse de la nature humaine les a trompés : et comme chez nous chaque ouvrier s'occupe particulièrement d’une certaine matière, par exemple, le serrurier du fer, le charpentier du bois ; comme dans leurs ouvrages on distingue le sujet, la forme, et la perfection qui résulte de la forme; comme la matière est prise de dehors, que la forme est due à l'art, et que la perfection est le résultat de la forme et de la matière, ils croient qu’il en est de même des ouvrages de Dieu; que la figure du monde est l'effet de la sagesse du Créateur de l'univers ; que la matière lui est venue et lui a été fournie du dehors; que le monde a été formé de telle sorte que son sujet et sa substance ont été pris hors de Dieu; que sa figure et sa forme viennent de la suprême intelligence.

De-là ils nient que le grand Dieu ait présidé à la création de l'univers; ils prétendent qu’il n'a contribué que très-peu pour sa part à la génération des êtres. La bassesse de leurs idées les empêche de s'élever jusqu'à la hauteur de la vérité, et de voir que parmi les hommes les arts sont venus après la matière, introduits dans le monde par le besoin et la nécessité.

(…)

Avant que rien de ce que nous voyons existât, ayant décidé en lui-même et résolu de donner l'être à ce qui n'existait pas, il imagina le plan du monde en même temps qu'il créa une matière analogue à sa forme. Il assigna au ciel une nature qui convenait au ciel ; et d'après la figure qu'il voulait donner à la terre, il produisit une substance qui lui était propre. Il forma le feu, l'eau et l'air comme il voulut, et leur attribua la substance que demandait la destination de chacun de ces éléments. Les parties différentes dont il composait le monde, il les unit entre elles par un lien indissoluble, il en fit un tout régulier et harmonique ; de sorte que les êtres qui sont les plus opposés, paraissent liés entre eux par une sympathie naturelle.

Qu'ils renoncent donc à leurs fictions fabuleuses, ces hommes qui mesurent par la faiblesse de leurs propres raisonnements une puissance à laquelle ni les idées d’un mortel ni ses paroles ne sauraient atteindre.

Dieu créa le ciel et la terre ; il ne créa pas l’un et l’autre à moitié, mais le ciel tout entier et la terre toute entière, la substance remise à la forme. Car Dieu n'est pas seulement l'artisan des formes, mais le créateur de la nature même des êtres. Ou bien qu'on nous explique comment la puissance effectrice de Dieu et la nature passive de la matière se sont rencontrées, l’une fournissant le sujet sans forme, et l'autre ayant l'art des figures sans matière, afin que l’un reçût de l’autre ce qui lui manquait, que l’Ouvrier suprême pût faire valoir son art, et la matière prendre les figures et les formes dont elle était privée. »

Saint Basile de Césarée, Homélies sur l'Héxaëméron ou l'Ouvrage des Six Jours, homélie 2e, LA TERRE ÉTAIT INVISIBLE ET INFORME, (Genèse , 1. 2.).

Note.

1. Si la matière est incréée. Nous avons observé plus haut que c’était l'opinion de tous les anciens philosophes qui avaient raisonné sur la physique.

"Qu'ils renoncent donc à leurs fictions fabuleuses, ces hommes qui mesurent par la faiblesse de leurs propres raisonnements une puissance à laquelle ni les idées d’un mortel ni ses paroles ne sauraient atteindre. Dieu créa le ciel et la terre ; il ne créa pas l’un et l’autre à moitié, mais le ciel tout entier et la terre toute entière, la substance remise à la forme."

Saint Basile de Césarée, appelé également Basile le Grand, né en 329 et mort  en 379, est l'un des principaux Pères de l’Eglise. Il est le fondateur d'un ordre religieux et l'auteur d'une règle qui est devenue la principale règle monastique de l'Église d’Orient qui a inspiré la règle de saint Benoît en occident.

Saint Basile de Césarée, appelé également Basile le Grand, né en 329 et mort en 379, est l'un des principaux Pères de l’Eglise. Il est le fondateur d'un ordre religieux et l'auteur d'une règle qui est devenue la principale règle monastique de l'Église d’Orient qui a inspiré la règle de saint Benoît en occident.

Rédigé par Restauration Universelle

Publié dans #matière terre création

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Epiphane 13/04/2013 17:38

L'idée que la matière soit passive, est donc pour Basile de Césarée à classer dans les "fictions fabuleuses", soutenues par des hommes "qui mesurent par la faiblesse de leurs propres raisonnements une puissance à laquelle ni les idées d’un mortel ni ses paroles ne sauraient atteindre".... ça fait beaucoup de monde en ce cas... dont Martinès de Pasqually, Willermoz et Saint-Martin....

Restauration Universelle 14/04/2013 15:33

Le « monde » visé par saint Basile de Césarée, c’est d’abord et avant tout, les partisans des thèses origénistes qui, dans les premiers siècles de l’Eglise, dépréciaient la matière la regardant comme une conséquence de la chute. Cette position est hétérodoxe puisque Dieu a tout créé par amour, l’œuvre de la Création étant un don, un effet magnifique de la Charité divine, non la composition d’une « sanction » afin d’enfermer des âmes préexistantes. Cette idée purement « gnostique », est inacceptable et fut combattue par l’Eglise. Et s’il s’est trouvé des auteurs au cours des siècles pour la soutenir malgré les fermes condamnations des conciles, ils ont, consciemment ou non, adhéré aux idées origénistes et gnostiques, et tombent donc fatalement sous le coup des anathèmes les plus sévères.