Pas de christianisme sans l’Eglise qui est le Royaume du Christ

Publié le 30 Avril 2013

Pas de christianisme sans l’Eglise qui est le Royaume du Christ

« Il n'est point de christianisme sans Eglise », écrivait au début du XXe siècle l'archevêque Hilarion Troïtsky, un des nombreux néo-martyrs russes. L'Eglise, c'est le Royaume du Christ, acquis au prix de Son sang, le Royaume dans lequel Il fait entrer ceux qu'Il a choisis pour être Ses enfants, et ceux qui L'ont choisi pour être Leur Père. (1)

Le mot grec ekklesia, dont le sens est « église », « assemblée des hommes », vient du verbe ekkaleo , « appeler ». L'Eglise chrétienne est l'assemblée de ceux qui ont été appelés par le Christ, qui ont cru en Lui et vivent de Lui. Mais l'Eglise n'est pas simplement la société, ou la fraternité, des hommes unis par leur foi en Christ, elle n'est pas une simple addition d'individus. Unis de concert, les membres de l'Eglise constituent un corps unique, un organisme indivisible.

La dénomination de l'Eglise comme corps du Christ appartient à l'apôtre Paul: « Nous avons tous été baptisés dans un seul Esprit, pour former un seul corps, soit Juifs, soit Grecs, soit esclaves, soit libres, et nous avons tous été abreuvés d'un seul Esprit [...]. Vous êtes le corps du Christ, et vous êtes ses membres, chacun pour sa part » (I Co 12, 13-27).

Par les sacrements, spécialement par la communion au Corps et au Sang du Christ, pain et vin eucharistiques, nous nous unissons à Lui et devenons en Lui un seul corps: « Puisqu'il y a un seul pain, nous qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps, car nous participons tous à un même pain ». (I Co 1,17). L'Eglise est le corps eucharistique du Christ, l'eucharistie nous unit à Lui et les uns aux autres. Et plus nous nous rapprochons de Dieu, plus nous nous rapprochons les uns des autres, et plus grand est notre amour pour le Christ, plus fort est notre amour pour le prochain. En nous unissant à Dieu dans une vie animée par les sacrements, nous nous unissons les uns aux autres, nous surmontons notre isolement, nos illusions et notre aliénation, devenons membres d'un organisme indivisible, liés les uns aux autres par le lien de l'amour. (2)

L'Eglise attribue ainsi au sacrement de l'Eucharistie, une importance a nulle autre pareille dans l'œuvre du salut. Hors de l'Eucharistie, il n'y a ni salut, ni divinisation, ni vie authentique, ni résurrection pour l'éternité: « Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et si vous ne buvez Son sang, vous n'avez point la vie en vous-mêmes. Celui qui mange Ma chair et qui boit Mon sang a la vie éternelle, et Je le ressusciterai au dernier jour » (Jn 6,53-54).

Le mystère de l'Eglise fut préfiguré dans le peuple d'Israël, élu et mis à part des autres nations. L'Eglise chrétienne se considère comme l'unique héritière légitime de la religion fondée sur la révélation biblique, une révélation protégée et conservée dans la tradition de l'Eglise. Celle-ci englobe l'Ancien et le Nouveau Testament, le souvenir de la vie terrestre de Jésus-Christ dans les premières années de Sa vie, de Ses miracles et de Son enseignement, de Sa mort et Sa résurrection. Elle comprend également l'acquis de la primitive Eglise, l'enseignement des premiers Pères et des conciles œcuméniques, la vie des saints et des martyrs du christianisme, la liturgie, les sacrements, et toute l'expérience spirituelle et mystique transmise de génération en génération. En d'autres termes, la Tradition selon la conception orthodoxe désigne la continuité de l'enseignement théologique et de l'expérience spirituelle à l'intérieur de l'Eglise depuis l'époque de l'Ancien Testament jusqu'à aujourd'hui.

Il est absolument essentiel pour un chrétien d'être membre de l'Eglise, d'avoir un lien avec la révélation de Dieu telle qu'elle est conservée dans la Tradition sacrée de l'Eglise, dans sa mémoire vivante. (3)

L'expérience que l'on peut faire de Dieu est un don accordé à la personne, mais la révélation de Dieu appartient au corps tout entier de l'Eglise. L'expérience personnelle de chaque croyant individuel doit être intégrée dans la mémoire collective de l'Eglise, c’est pourquoi il n’est pas de christianisme sans l’Eglise.

Chaque personne est appelée à partager son expérience avec les autres, et à l'examiner à la lumière de la révélation donnée au peuple en tant que corps, que communauté. De cette manière, le chrétien se trouve uni avec d'autres chrétiens, et la demeure de l'Eglise s'édifie avec des pierres individuelles.

Les paroles du Symbole de Nicée-Constantinople: « Je crois [...] en une Eglise une, sainte, catholique et apostolique » précisent les notes de l'Eglise en tant qu'organisme théandrique.

L'Eglise est une, car créée à l'image de la Sainte Trinité, elle manifeste en elle-même le mystère de l'unité de l'essence dans la distinction hypostatique; elle comporte une foule de personnes-hypostasiées, unies dans l'unité de la foi et des sacrements. Selon l'apôtre Paul « il y a un seul corps et un seul Esprit [...] un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père, qui est au-dessus de tous, à travers tous et en tous » (Eph 4,4-6).Pour cette union de tous les chrétiens, Jésus-Christ a prié le jour de la Cène: « Père Saint, garde-les en Ton nom ceux que Tu m'as donnés, afin qu'ils soient un comme nous [...]. Ce n'est pas pour eux seulement que Je prie, mais encore pour ceux qui croiront en Moi par leur parole, afin que tous soient un, comme Toi, Père, Tu es en moi, et comme Je suis en Toi, afin qu'eux aussi soient un en Nous » (Jn 17,11-21).

L'amour des trois Personnes de la Sainte Trinité resplendit dans l'unité de l'Eglise (…).

L'Eglise vit sur terre, mais elle est tournée vers le ciel, son existence se déroule dans le temps, mais elle respire l'éternité..»

Mgr Hilarion Alfeyev, Le mystère de la foi, 2008.

Notes.

1. Le terme slavon sobornyj n'est pas la traduction exacte du grec katholike (catholique), qui signifie « universel », et désigne ce qui unit les chrétiens dispersés de par le monde, y compris tous les saints et les défunts. La toute première Eglise se composait de la petite communauté des disciples à Jérusalem (pour cette raison l'Eglise hiérosolymitaine a reçu jusqu'à aujourd'hui le nom de « mère des Eglises »), mais dès le Ier siècle, et grâce à la prédication des apôtres, des communautés naquirent à Rome, Corinthe, Ephèse, et dans d'autres villes d'Europe, d'Asie et d'Afrique. Toutes ces communautés, chacune sous la conduite de son évêque, constituaient une seule Eglise « œcuménique » dont la tête était le Christ.

2. Sous le mot sacrement on entend, dans la théologie orthodoxe, les célébrations au cours desquelles se fait la rencontre entre Dieu et l'homme, et se réalise avec Lui l'union la plus pleine possible dans les conditions de la vie terrestre. Dans les sacrements la grâce de Dieu descend sur nous et sanctifie notre être tout entier, âme et corps, en l'unissant à la nature divine, en la vivifiant, la divinisant et la recréant dans la vie éternelle.

3. L'apostolicité de l'Eglise consiste dans le fait d'avoir été fondée par les apôtres, de rester fidèle à leur enseignement, de posséder une succession qui procède d'eux, et de perpétuer le culte donné par eux sur terre. L'apôtre Paul dit que l'Eglise a été édifiée « sur le fondement des apôtres et des prophètes » (Eph 2,2).

«L'Eglise, c'est le Royaume du Christ, acquis au prix de Son sang, le Royaume dans lequel Il fait entrer ceux qu'Il a choisis pour être Ses enfants, et ceux qui L'ont choisi pour être Leur Père. L'expérience que l'on peut faire de Dieu est un don accordé à la personne, mais la révélation de Dieu appartient au corps tout entier de l'Eglise. L'expérience personnelle de chaque croyant individuel doit être intégrée dans le mystère de l'Eglise, c’est pourquoi il n’est pas de christianisme sans l’Eglise. » (Hilarion Troitsky)

Saint- Hilarion Troitsky (1886-1929), archevêque de Vereya, fut un éminent théologien, prédicateur, et vaillant défenseur de l'Église de Russie sous la domination du régime bolchévique. Sa pensée relève d’une ecclésiologie mystique, inséparable à ses yeux de la christologie.

Saint- Hilarion Troitsky (1886-1929), archevêque de Vereya, fut un éminent théologien, prédicateur, et vaillant défenseur de l'Église de Russie sous la domination du régime bolchévique. Sa pensée relève d’une ecclésiologie mystique, inséparable à ses yeux de la christologie.

Rédigé par Restauration Universelle

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